lundi 2 décembre 2013

BOOBA - FUTUR 2.0 ( RÉÉDITION )

C H R O N I Q U E  |   R A P   F R A N Ҫ A I S  /   R E E D I T I O N
Réalisée par Kevin | kevin@allglorious.com

 

Le 25 novembre dernier, Booba sortait Futur 2.0, réédition de son album Futur avec 9 nouveaux titres. Décryptage et distribution de « Oui » et de « Non » à chacun de ces nouveaux morceaux...


Un peu de carburant dans la Delorean et Booba est de retour vers le futur. Si la nature artistique de la démarche reste à démontrer, son caractère commercial est lui, en revanche, manifeste. A quelques semaines des fêtes, rompu au jeu des coudes avec le PDRG de Rohff et en plein essor de la trap music dans l'hexagone, Futur 2.0 semble bénéficier d'un contexte de sortie idéal. Au programme de cette mini-mouture, venue agrémenter son aîné du même nom : 8 titres précédés d'une introduction et, malheureusement, très peu de pièces inédites. Après vous avoir révélé tout le mal (c'est ironique hein...) que l'on pensait de Futur premier du nom, et avoir lancé quelques suppositions sur cette sortie, nous avons distribué ce qui nous semblait être les bons et les mauvais points de ce nouveau Booba :

2.0 : ( Non ). L'habituelle introduction des disques de Booba. 100-8 - 92 - N10 - 09 - A3 - 187 - 2.0, la rappeur est, décidément, un sacré numéro et semble possèder la combinaison du succès. Pourtant, avec son textuel ultra-convenu, mélange de punchlines et d'egotrip, avec ses rimes customisées qui, désopilant paradoxe, relèvent de l'exercice littéraire comme de la paresse stylistique, le titre n'a vraiment rien de séduisant ou d'original. Ses séquences autotunées sur fond de trap music annoncent, malheureusement, la couleur dominante de l'album. Seule et maigre réjouissance : Booba propose un équilibre savant entre phases rappées et séquences « chantées ».

A.C Milan : ( Non ). Un titre né sous le signe de l'autotune et dédié au clash qui l'oppose aux clans Rohff et La Fouine. Point de football pour le coup, le conflit se joue sur un tout autre terrain : la cour de récréation. Musicalement, le titre est bancal, ponctué par un extrait du casier judiciaire de La Fouine, et utilise cette même réthorique « Pouèt Pouèt Bam Bilibam » que l'artiste pointe chez ses adversaires. Pas de rap ni de ballon, le morceau n'est pas à la hauteur de son patronyme. ( Plus d'infos ici ).

Turfu : ( Non ). Un titre clippé et dévoilé en amont de la sortie de ce Futur 2.0. Bien évidemment, les codes de la trap ne laissent que peu de place à la nuance ou à l'improvisation. Mais il y a des limites. Une prod' redondante, un beat similaire à celui du « Zoo » de Kaaris, en passant de Futur à Turfu, Booba et Therapy pensaient certainement nous la faire à l'envers. Mais je ne goûte guère au verlan. ( Plus d'infos ici ).



Booba - « Turfu » / 2013

Une Vie : ( Non ). Un titre déjà condamné. Un inédit qui s'ajoute à la longue liste des morceaux indissociables du rappeur, sans espoir d'intégrer un jour une set-list de concert. Il y a fort à parier que même l'artiste ne s'en souviendra plus d'ici quelques temps. Musicalement assez proche de « Tombé pour elle », ses rythmes sonnent aussi factices qu'un morceau des années 80.

Parlons Peu : ( Oui ) … Mais parlons bien ! Un tacle à la gorge à faire passer Di Meco pour un esthète. L'instrumental met à l'aise le rappeur qui développe son phrasé carabiné avec une précision et une efficacité diaboliques. « Si j'atteins le paradis, c'est dans un train d'enfer... » : une métaphore élégante pour adoucir une salve de punchlines bien senties, Booba utilise ses classiques et l'ensemble fait mouche. A noter : le clin d’œil adressé au clan Wati B, leader du marché hip-pop en France. Innocent, anodin, évidemment...



Booba - « Parlons Peu » / 2013

RTC : ( Oui ). Un titre mené tambour-battant, sans temps mort, autopsie d'un emcee riche et tristement célèbre. On aime ces morceaux où Booba montre qu'il n'est « Pazalaza pour sazamuser ». Le duc de Boulogne tire et étire la rime sur un trap qui attrape. Gimmicks et « métagores » sont posés avec enthousiasme et méticulosité. « DTC » le détracteur !



Booba - « RTC » / 2013

Longueur d'avance ft. Maître Gims : ( Non ). Complètement noyé par le vocodeur, le phrasé de Booba boit la tasse, notamment sur le premier couplet. Maître Gims, lui, nous sert une brasse de caneton, un refrain insupportable, probablement l'une des pires séquences « chantées » du rap français. Une « longueur d'avance » à contresens du bassin. Textuellement, il n'y a pas de doutes, c'est du Gims. Une suite de syntagmes abstraits, sans logique, sans pertinence. Une écriture lapidée, sacrifiée au profit d'une flopée de rimes pauvres. On connait l'amour de Booba pour la mythologie Star Wars mais cet effet Chewbacca dans la voix de Gims, qui emboîte le pas de Mala, est véritablement pénible.

Outre ces considérations « artistiques », et les guillements peinent à pardonner l'emploi du mot, l'apport du leader des Sexion D'Assaut relève, bien évidemment, de l' « intelligence » commerciale. Une manière pour le météore, businessman galactique, d'apprivoiser un marché plus ouvert et plus lucratif. Le monde est grand derrière la petite porte.

TLT : ( Non ). Morceau clash acte 2. « TLT » fait partie de ces morceaux qui ont failli dynamiter la carrière de Booba. Pas de quoi s'enflammer, pourtant, si l'autotune est moins présente que sur « A.C Milan », le rappeur néglige sa technique (surtout par rapport à des morceaux comme « RTC » ou « Parlons Peu »). La seule explosion notable est celle des commentaires débiles sur les réseaux sociaux, vomis par les fans du duc, de Rohff et de La Fouine, qui se sont livrés à un véritable massacre de la langue française ( Plus d'infos ici ).

Billets Verts : ( Oui ). Morceau dévoilé sur iTunes avec la sortie de Futur-premier du nom et petit frère de l'excellent « Kojak », bonus du disque Lunatic. Un textuel convenu, certes, mais incisif, épicé de bonnes punchlines, le tout posé sur une nappe instrumentale bien foutue, et renforcée par quelques voix qui s'élèvent. L'argent n'a pas d'odeur mais « Billets Verts » sent très très bon.

Concluons. L'adage dit « qui veut voyager loin ménage sa mouture ». Enfin pas vraiment. Mais à tirer de la sorte sur le réservoir de la Delorean Futur, Booba s'expose encore à la panne sèche, en dépit de quelques accélérations bien senties : « RTC » et « Parlons Peu » notamment. La trap c'est bien, mais attention de ne pas tomber dans le piège de la facilité artistique. Entre les Oui et les Non, faîtes les comptes, et vous constaterez, comme moi, qu'il devient urgent pour le rappeur de troquer son véhicule. En même temps, on s'en doutait un peu, même avec toute la sincérité et le talent qui le caractérisent.

Lien : Booba sur Facebook / Chronique de Futur / Live Report de Booba à Bercy

Chronique proposée par Kevin
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