vendredi 20 avril 2012

INTERVIEW LABEL :
AVEC OLIVIER - USELESS PRIDE RECORDS

Je vous propose, aujourd’hui, une interview un peu différente mais qui suit la logique de mon engagement pour les petites mains du rock et, plus précisément, du Hardcore, registre qui m’intéresse particulièrement. Les raisons de cet intérêt ? Eh bien sensiblement les mêmes que celles énoncées par Olivier, en charge du label indépendant Useless Pride Records, notre sujet du jour, mais aussi membre du groupe de Hardcore toulousain Alea Jacta Est et mon interlocuteur aujourd’hui. Pour Allglorious, il revient sur la création de sa structure, sa passion pour le Hardcore et la musique, sur les difficultés de faire vivre un label indépendant en 2012, sur les groupes qu’UPR chaperonne ainsi que sur le développement de Useless Distribution. Un entretien enrichissant dont je vous recommande la lecture et le partage pour fédérer un peu plus une scène qui sait se donner les moyens de ses ambitions...

Pouvez-vous présenter un peu le label et revenir rapidement sur son histoire pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
La création du label date de 2008 avec la sortie du Split CD Alea Jacta Est + Fat Ass, mais je n'en ai presque rien fait jusqu'en 2010, année où Benji m'a rejoint. Ensemble, on a monté Useless Distribution et on a fusionné UPR et Comedancing Records - son label - pour ne faire plus qu'un. L'union fait la force comme on dit ! La première vraie sortie du label a donc été l'album d'Alea Jacta Est « Gloria Victis », que j'ai lancé tout seul, mais Benji m'a rejoint au moment de la sortie.

D’ou vous est venu le nom de Useless Pride Records ?
Au début, c'était vraiment pour prendre le contrepied des clichés hardcore de mecs bien « veners » tout le temps, qui ne savaient dire que « Pride, Unity, Violence », donc c'était une manière de dire : arrêtez de parler et agissez ! La fierté d'être quelque chose ou d'appartenir à un groupe n'apporte rien, seuls les actes parlent et restent dans le temps. Ceci dit, on est fier de tout ce qu'on fait, c'est toujours inutile mais on l'est car on est des humains avant tout ! L'humain cherche sans cesse la reconnaissance pour ce qu'il fait, ça ne sert à rien mais on est comme ça. C'est un peu une réflexion sur les contradictions humaines, philosophe non ?

Comment s'opère le choix des groupes qui intègrent le label et quels sont les groupes qui font l’actualité de Useless Pride Records en ce moment ?
Alors en 2012, UPR c'est Alea Jacta Est - metal hardcore, Toulouse - The Great Divide - modern hardcore, Paris - et Through My Eyes, metal hardcore de Toulouse également. Le choix est tout d'abord musical, il faut que cela nous plaise à tous les 2, ensuite on veut un bon feeling avec le groupe, si on voit que l'image que dégage le groupe et la relation avec les membres ne nous conviennent pas, c'est éliminatoire. Donc musical et humain en tout premier lieu, après il faut que le groupe ait envie de bouffer de la scène et de se bouger, si le groupe n’est jamais dispo pour jouer par exemple, c'est très gênant…

Quels sont les sorties, les projets, les disques, dont le label est le plus fier ?
Je vais faire le mec méga égoïste mais je suis très fier du boulot qu'on a fait pour Alea Jacta Est du coup, groupe dans lequel je joue donc je ne suis pas objectif. Mais disons que je n'aurai jamais pu attendre autant de choses d'un autre label, car tous les labels intéressés pour bosser avec nous ne voulaient lâcher que 150 ou 200 Euros pas plus, avec UPR, on a balancé toutes nos économies dedans et ça a permis beaucoup de choses. Merci, donc, aux personnes qui m'ont aidé dans UPR, de passage ou qui sont encore là, plus ou moins investis, car ensemble, en maintenant 4 ans, on a vraiment arrosé, et ça a porté ses fruits sur pas mal de tableaux !

Qu’est ce qui vous plaît dans le Hardcore ?
Il y a un attrait musical tout d'abord, j'adore la philosophie du combat - que beaucoup de paroles, slogans ou logos colportent – car, qu'on le veuille ou non, on se bat tous les jours contre tout ce qui compose la vie, que ça soit du côté émotionnel ou économique, tout le monde se bat pour améliorer son quotidien et régler ses problèmes plus ou moins graves. C'est une scène qui est vraiment dans cet état d'esprit, mis à part quelque groupes qui pensent qu'il faut taper les autres pour avancer, la plupart ont compris que chaque jour est un combat, qu'un proche dans la maladie c'est un combat, que des factures qui tombent, se lever pour bosser, élever ses gamins dans le monde moderne, booker des concerts, c’est un combat, etc... La liste est longue.
Le hardcore est censé t'apporter le petit truc qui fait que tu vas te poser des questions dans ta vie et non pas suivre le troupeau sans te poser de questions. Cela a un impact musical, de ne pas écouter seulement ce qu'on te met dans les oreilles, cela a un impact politique, réfléchir derrière les discours et les idées préconçues, décortiquer chaque message pour en voir l'envers du décor. Pour moi le hardcore, c'est un chemin de vie au même sens que l'école, le travail ou la famille, ce sont des expériences qui te forgent et qui modifieront tes choix futurs. On rencontre énormément de gens différents, aux discours complètement opposés, on touche à des milieux culturels qu'on aurait jamais abordé si on était resté dans le troupeau global de nos nations. Merde j'écris trop ! C'est décousu, j'ai tapoté mon clavier un peu au hasard, mais le hardcore, c'est au même sens qu'une autre passion, une façon de s'élever personnellement.
En fait je ne réponds pas du tout à ta question, j'ai juste répondu à la question « qu'apporte une passion ? ». Un mec à fond dans le sport, qui se bougera à fond, rencontrera des tas de gens etc... Et il aura la même réponse, sans le côté « cultures souterraines » qui, pour le coup, est vraiment propre aux scènes musicales indépendantes.

Comment se porte le Hardcore loin de la capitale ? Est-il nécessaire d'avoir des contacts sur Paris pour promouvoir votre label ?
En fait, j'ai l'impression que ce sont deux choses différentes. Hormis quelque groupes, les parisiens ont tendance à monter très vite et à taper du gros de suite, tandis que la grande majorité des groupes de province vont beaucoup plus tourner, sur des circuits plus intimes, et au final, je pense que Paris c'est une putain d'opportunité, pour les premières parties, pour les contacts. Maintenant on est vraiment pas obligé d'être présent à Paris pour le label puisque, au niveau national, avec Internet et le Hellfest, tu as accès à quasiment tout ce que propose l'hexagone. Mais on bouge de plus en plus, donc on va être amené à venir sur Paris pour défendre notre label. On est déjà très présents dans le sud ouest, avec toutes les dates où je suis avec Alea Jacta Est et les concerts-festivals où on pose un stand pour le label. Là, je vais même en Argentine pour un gros show en Mai, pour négocier des partenariats avec les 2 plus gros labels sud américains... Le but étant de représenter un maximum Useless Pride Records !

La musique vit des jours douloureux et j’imagine qu’un petit label comme le vôtre a aussi ses difficultés. Toute votre activité professionnelle est-elle liée à Useless Pride Records ou faîtes vous autre chose dans la vie pour faire tenir votre label financièrement ?
En fait, on est en société mais on n’en vit pas. A côté, je fais du marquage publicitaire, du merch pour les groupes pour me sortir quelques sous mais, à terme, j'aimerai vivre de l'activité de marquage publicitaire-merch, tout ça, donc je développe énormément ce côté. Pour le label ou la distribution, il est très difficile, voir impossible d'en vivre et cela n'est pas trop notre but, du moins pour l'instant, il faudrait multiplier les ventes par 10 !

Une vague revival hardcore sévit depuis quelques temps dans l’hexagone tandis que la situation économique et sociale du pays se dégrade. Pensez-vous qu’il y ait une corrélation entre l’avènement d’un certain extrémisme musical et le contexte social français actuel ? Autrement dit, pensez-vous qu’à l’instar du Hardcore des 80’s, l’essor de ce mouvement aujourd’hui est liée à une envie de révolte ?
Moi je trouve justement qu’il y a moins de choses qu'avant donc je vais répondre à côté. En terme de public, peut être que ça monte, je n’ai pas trop fait attention, mais en terme de structure hardcore : tout a chuté ! Mais c'est vrai qu’il y a pas mal de groupes qui se montent. Après, de là à dire que cela a un lien avec le contexte social…

J'ai eu l'occasion de disserter sur le Hardcore « New school » avec beaucoup de personnes proches du genre, et beaucoup ne voit en lui qu'un grossier recyclage d'une subculture née il y a près de trente ans. Comprenez-vous cette vision plutôt négative ? Le hardcore a t-il encore des choses à dire en 2012 ?
Oh tu sais moi, la guerre des genres, rien à foutre ! C'est comme les t-shirts « le rap c'était mieux avant » ! On ne vit pas dans le passé, il faut vivre avec le passé pour construire le futur, il y a du bon et du moins bon dans tous les trucs anciens et récents, je ne fais pas partie des frustrés ni des élitistes. En plus, j'ai juste 23 ans, donc je suis un puceau pour tous les darons de la scène ahah ! Et il y a régulièrement des groupes qui prouvent qu'on peut renouveler le genre et avoir encore des choses à dire tous les ans !

Les médias français continuent à nous brosser un portrait particulièrement chaotique de la musique française, à grands coups de clips insipides sur les chaînes de télévision et de remises de prix controversées. Ya t-il finalement un avenir pour les musiques spé en France ?
Cela mériterait une interview complète ! Oui il y a un avenir, tant que des gens se bougent, développent des choses et continuent à faire vivre le truc, et il y en aura toujours.

Un mot sur Useless Distribution ?
C'est Benji, mon associé, qui gère ça en particulier. C'est un projet de distro à la base, donc récupérer des CDs, vinyls et revendre tout ça, puis on a développé ça en shop en ligne et en stand sur les festivals-concerts. Ca monte doucement mais sûrement, on prévoit une refonte complète du shop en ligne d'ici septembre et plein de nouvelles choses disponibles. On a beaucoup bossé sur Useless Pride Records jusqu'à présent, maintenant qu'on a un peu lancé la machine, on va s'occuper de développer Useless Distribution.

Une petite info exclusive sur vos sorties et projets à venir ?
Alors je viens juste de répondre sur un projet, puisqu'on va refaire totalement Useless Distribution et améliorer le sérieux du truc. Côté label, on va fonctionner à 3 groupes en 2012, je ne pense pas qu'on en ajoute. 2013 verra sûrement le 2e album d'Alea Jacta Est se présenter, il est en pleine composition… Normalement, on est censé distribuer le DVD de Nueva Etica - Hardcore, Argentine - qui devrait pas tarder à arriver et je pense qu'il va vraiment faire mal… Voilà, rien de très exclusif, mais on est vraiment en train de poser les bases de notre travail donc on ne peut pas encore trop se projeter dans le futur. Ah, et on va avoir des locaux pros sur Toulouse, bientôt fini de travailler à la maison au milieu des cartons !

A lire également : Chronique de The Great Divide

Site Officiel de Useless Pride Records
Merci et bonne continuation à Olivier et UPR.
Page Facebook du label.

Interview réalisée par Kevin
Contact : kevin@allglorious.com

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