jeudi 12 avril 2012

INTERVIEW :
ENTRETIEN AVEC SOUNDCRAFTERS

Il y a quelques semaines, je vous écrivais quelques mots sur le dernier EP en date de Soundcrafters intitulé Catharsis in Chaos. Le groupe rennais, étiqueté Death métal progressif, a la tête pleine de projet pour cette année, il était donc naturel d’en savoir un peu plus. Pour Allglorious, Thomas, batterie, et Ian, guitare et chant, se sont fait la voix du groupe et reviennent sur la sortie de cet EP, sur l’identité du groupe, la place des musiques extrêmes en France aujourd’hui ainsi que les prochaines échéances de la formation. Un entretien plein de passion et d’optimisme pour l’avenir du groupe qu’il convient de lire et de partager pour fédérer un peu plus une scène en pleine émulsion malgré sa discrète aura médiatique...

Peux-tu présenter Soundcrafters pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas ?
Thomas : Soundcrafters est un groupe rennais, qui voit le jour fin 2008. On officie dans un death métal aux influences telles que Strapping Yound Lad, Textures, Gojira, Decapitated, etc... Il est composé de Ian à la guitare et au chant, Jean au chant principal, Chris à la lead guitare, Ludo à la basse et moi à la batterie. On a subit un changement de line up il y peu de temps, après le départ de Sylvain, guitariste, et Art, clavériste, et avec la venue de Chris et Jean. Le groupe a sorti un 1er Ep « Form and Content » à ses débuts mais qui n'a plus grand chose à voir avec ce que nous faisons maintenant. Le second Ep est sorti en 2010 « Catharsis in Chaos » qui décrit nettement notre style actuel. Pour ce qui est de la scène, on a déjà partagé l'affiche avec The Arrs, One way mirror, Black Rain, Henker, Sinscale, Dysfonctionnal, Shadyon, Abyss, Lacerater, Kraainen, Malkavian, Under the Abyss…

Un mot sur ce choix de nom de groupe, sur l'artwork de « Catharsis in Chaos » ainsi que sur le choix de ce titre pour l'album ?
Thomas : Le nom de groupe est venu tout simplement, comme ça. Nous sommes des musiciens et c'est notre métier de sculpter la musique, le son est notre outil de travail donc quoi de mieux que Soundcrafters ?

Ian : Pour l'artwork nous voulions quelque chose tirant vers l'abstraction, tout gardant un côté organique. La couleur est aussi très importante, car elle contrecarre cet aspect en insufflant un côté plus froid. C'est à l'image de Soundcrafters, un côté mécanique, froid, inhumain et un côté organique, sensible, presque spirituel qui se confrontent, s'interrogent, se complètent. De ce choc nait une musique expressive, qui permet d'extérioriser maux et angoisses. Bref, la catharsis par le chaos.

Le groupe est originaire de Rennes, la Bretagne étant considérée comme l'un des berceaux du rock français. Pour autant, pensez-vous qu'un groupe puisse s'offrir plus d'opportunités de succès lorsqu'il est originaire de Paris, la capitale ?
Ian : Je pense personnellement que c'est plus simple, surtout au tout début. Il n'y a qu'à regarder sur des sites comme plan concert, la plupart des dates se trouvent sur Paris. D'autant plus qu'on officie dans un style ou il faut absolument avoir des salles adaptées, surtout au niveau volume sonore. A Rennes, par exemple, à part le Mondo Bizarro, tu n'as pas grand chose. Après pour le rock c'est un peu différent...

Thomas : Pour ma part, je ne pense pas que la localisation ait un rôle majeur à ce niveau-là. Tu as juste à regarder les groupes pro français et tu verras qu'il y en a vraiment beaucoup qui ne sont pas de Paris, comme par exemple Gojira, Anorexia Nervosa ou Dagoba. Malgré tout il est indispensable de jouer sur Paris pour promouvoir son groupe car même si ce n'est pas un frein au « succès », pas mal de chroniqueurs et rédacteurs de magazines se trouvent dans la capitale. Le mieux étant quand même de tourner à l'étranger !

Il y a un peu plus de quinze ans, le néo-métal pénétrait les frontières de notre hexagone. Aujourd'hui et selon vous, La France est-elle plus réceptive aux musiques extrêmes qu'autrefois, Est-elle prête pour la musique de Soundcrafters ?
Thomas : Globalement oui, les mentalités ont évolué et même si le métal reste une musique en retrait en France par rapport aux autres, il est mieux perçu qu'auparavant. Et le métal extrême fait partie de cette évolution. Il y a quelques années, le brutal death ou le black métal étaient vraiment en marge par rapport au néo-métal, maintenant ils font partie intégrante de ce courant musical. Tu as juste à regarder l'affiche du Hellfest. Je pense aussi que le style de Soundcrafters reste assez accessible même si nous offrons une musique violente, avec des tempos rapides, des blasts etc... Après, quand on compose et monte un morceau en répétition, je ne réfléchis pas par rapport à ce que vont penser les gens. Je vois le plus comme un plaisir personnel et un moyen d'expression.

Ian : Je pense aussi que les musiques extrêmes sont plus populaires qu'à l'époque. Le goût du public a évolué. De toute façon, le phénomène néo-métal ne peux pas être comparé aux scènes extrêmes, car beaucoup plus mainstream. Ce n'est pas un gros mot dans ma bouche, je sais d'ou je viens « metalistiquement ». Tout ça a permis d'étendre considérablement le nombre d'auditeurs. Après, savoir si la France est prête pour la musique de Soundcrafters, honnêtement je m'en fout !

Il est souvent dangereux d’utiliser le terme « progressif » lorsqu’il s’agit de musique rock, cette étiquette réclamant une minutie particulière sur l’ambiance et le squelette d’un morceau. Décririez-vous votre métal comme progressif ?
Ian : Oui, absolument, je le revendique même. L'idée est ici de ne pas juste proposer une juxtaposition de riffs mais un travail sur le matériau, la cellule, le motif, le développement des thèmes et ses variations. L'aspect harmonique a également un rôle très important dans l'aspect progressif. En effet, les accords ont presque disparus dans le métal, tout au mieux des doublures à la tierce, à la quinte. Il n'y pas vraiment de recherche harmonique, de construction et d'enchainements d'accords. La plupart des groupes ont une musique linéaire, nous proposons une approche également plus verticale de la musique. En ça, nous nous rapprochons plus du rock progressif que du métal progressif. Nous ne faisons absolument du métal prog au sens heavy. Et oui, on peut faire de longues plages harmoniques sans utiliser des trompettes et des cors.

Vivre de sa musique est devenu aujourd'hui de l'ordre du fantasme. Que faîtes-vous dans la vie en dehors de votre activité de groupe ? Est-il simple de concilier la musique et votre vie professionnelle ?
Thomas : Je consacre beaucoup de mon temps à la musique. Avec Ian nous avons un autre projet « In A Nutshell », un groupe de rock-grunge, dans lequel nous passons pas mal de notre temps. De plus, je joue dans The Veil, un groupe Nantais et j'ai aussi un projet de black métal ENDE avec Greg du groupe Révérence. Donc entre les répétitions, les concerts, le studio, les clips, sessions photos, bosser mon instrument etc... Ca ne me laisse que peu de temps. Ce qui me reste de temps libre, je le passe avec mes proches et ma famille, sinon en intérim pour arrondir les fins de mois.

Ian : Personnellement, j'ai un studio d'enregistrement, ou nous avons enregistré l'EP, le « Nevermind Records ». Du coup, je ne fais que de la musique au sens large : enregistrement, mixage, mastering, composition, répétitions et concerts !

« Catharsis in Chaos » est sorti il y a quelques temps déjà. Avec le recul, changeriez-vous quelque chose si vous deviez réécrire cet EP ?
Ian : Mis à part quelques lignes de chant approximatives, non. Je vois cet EP comme une étape, une image synchronique du groupe.

Thomas : Bien sûr, avec le temps et la maturité, j'aurais aimé changer certaines parties, varier plus souvent mes breaks, changer certains jeux de cymbales. Mais bon, on l'a enregistré comme ça, ce qui est fait est fait. J'aurais aimé aussi qu'on prenne plus le temps de l'enregistrer, d'avoir un meilleur matériel pour avoir un meilleur son. Depuis, on a tous progressé, que ce soit techniquement, dans la cohésion de groupe ou bien dans la composition. Ce n'est pas forcément un mal d'avoir enregistré notre dernier Ep en 2010 ça ne fera qu'appuyer notre évolution à travers les prochains morceaux.

Les groupes Gojira et Chunk no Captain Chunk évoluent dans des registres différents mais ont ça en commun d’avoir réussi à offrir leur musique à l’international. Aujourd’hui, à votre avis, quels sont les groupes susceptibles de rejoindre la liste des succès français à l’étranger ?
Thomas : Question difficile... Il y a vraiment beaucoup de groupes qui mériteraient d'avoir du succès à l'étranger. Je pense notamment à des amis à moi Jumping Jack ou bien des groupes tels que Manimal. Svart Crown que j'aime beaucoup aussi. En espérant que ça nous arrive à nous aussi !

Ian : Je n'écoute, pour ainsi dire, pas de métal, mais, concernant Manimal, je suis absolument d'accord.

Quels sont les projets à venir en 2012 pour Soundcrafters ? Un album ? Un clip vidéo ?
Thomas : Nos projets pour 2012 sont de tourner le maximum possible dans les salles et festivals en France, mais aussi à l'étranger. Nous composons de nouveaux titres qu'on enregistrera certainement plus tard. Pourquoi pas signer un contrat avec un label aussi. J'aimerais bien faire un clip mais ça dépendra surtout de nos moyens. Je n'aime pas vraiment l'idée de faire un clip pour faire un clip et basta, juste histoire d'avoir quelques images de nous en train de jouer et nous faire de la promotion. J'aimerais plutôt quelque chose de construit et réfléchit, le genre de clip dont tu te souviens et pas juste un moyen de communication simpliste.

J’ai l’habitude de demander une petite exclusivité aux groupes que j’interroge sur Allglorious...
Une grosse tournée de prévue, en août, hors Union Européenne !

Je vous laisse le mot de la fin.
Merci à toi et Allglorious pour ce bon moment et stay rock'n’roll !

A lire également : chronique de Catharsis in Chaos
Merci et bonne continuation à Soundcrafters.
Page Facebook du groupe.

Interview réalisée par Kevin
Contact : kevin@allglorious.com

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