mercredi 18 avril 2012

CHRONIQUE :
NICKI MINAJ - P. FRIDAY ROMAN RELOADED

Au fond, peu importe le domaine dans lequel il évolue, ou son degré d'authenticité, l'artiste est en permanence dans la représentation. C'est un paradigme culturel on ne peut plus figé. Certains vont même un peu plus loin en versant directement dans la caricature. C'est, en substance, ce que je reproche à Nicki Minaj depuis le début de sa jeune carrière et plus précisément après la sortie de Pink Friday, son premier opus. En effet, si la Nicki de « Bed rock » et « Knockout » savait relativement se tenir à carreau, la Nicki de 2012, elle, surnommée « The Queen of Hip Hop » par le magazine Rolling Stone, est on ne peut plus « badass » et se plaît à faire la nique à toutes les règles de bienséance. Et son nouvel opus Pink Friday : Roman Reloaded d’en fournir l’ostensible confirmation...

Essayons d'être synthétique et de ne pas trop s'éparpiller dans cet album qui ne compte pas moins de 22 chansons. Car, encore une fois, analyser autant de titres n'optimise en rien la concentration du chroniqueur. Ce que je vais retenir de cet opus ? Le titre « Champion », qui est l’une des rares pièces vraiment hip hop de cet effort avec son socle instrumental plus classique et la participation de Nas, Drake et Young Jeezy. Le très pop et rafraîchissant « Young Forever » également, produit sous la houlette de Dr Luke - connu pour son travail avec Pink, Avril Lavigne, Miley Cyrus ou encore Katy Perry - avec son timbre « Rihannesque ». Nicki Minaj y abandonne son phrasé excentrique pour des séquences de chant maîtrisées et pleines de charme à l’instar des titres « Marilyn Monroe » ou « Right by my Side », en featuring avec Chris Brown, à presque se demander si ce n’est pas une autre Artiste qui à pris la place de la rappeuse derrière le micro. Je citerais, enfin, les titres « Va Va Voom » et « Masquerade », issus de l’édition deluxe du disque, avec leur électro-pop de radio, qui, à défaut de laisser parler le talent, s’expriment tout en efficacité.

Si je devais réaliser une découpe grossière de ce disque, je dirais qu’il se scinde en deux parties assez différentes mais qui gardent comme liant malheureux, un certain manque d’originalité. La première moitié lorgne davantage vers un hip hop moderne, épuré, électro à l’image du single « Beez in the trap » en feat avec 2 Chainz. Je dois avouer avoir parfois du mal à me faire à cette nouvelle tendance ; je dois avoir, ou pas, l’oreille vieillissante. Lyrics très street, phrasé excentrique, parfois vulgaire, beats à grasses et lourdes basses qui provoquent une quasi-aliénation comme sur « Stupid Hoe », Nicki Minaj conte les aventures de Roman Zolanski, son alter ego depuis ses débuts. Le rap américain s’est véritablement épris de cette fantasmatique schizophrène autour de l’alter ego, les fans de D12 et d’Eminem approuveront. Les amateurs du titre « Dance - Ass » interprété avec Big Sean seront comblés par des titres comme « I’m Your Leader » ou « Roman Reloaded » qui suivent le même schéma minimaliste et aliénant.

La seconde moitié du disque est majoritairement connotée Dance, Techno, obéissant aux poncifs tenaces de l’ère Guetta and co, à l’image du single « Starship » et ses faux airs du « Levels » d’Avicii ou du dernier Britney Spears. Rien d’étonnant à cela quand on sait que le producteur RedOne, qu’on ne présente plus, est à la baguette de 4 titres dont « Whip it » et sa techno de fête foraine, « Pound the Alarm » et ses allures de générique d’une émission de télé-réalité, ou encore « Automatic » et ses « bruitages » tout droit sortis d’un film de la saga Transformers. Le rap de Nicki Minaj est peut-être futuriste et s’impose comme la manifeste d’une nouvelle tendance, mais il n’a strictement rien d’avant-gardiste. Tout cela n’est qu’une vaste campagne de recyclage et je suis toujours aussi consterné de voir qu’un public peut se satisfaire, et hurler au génie, devant un rappeur qui kick sur de la musique House, mouvement qui à presque 30 ans aujourd’hui. Je ne citerais même pas le titre « Turn me on », interprété sur une nappe de l’ami Guetta. A l’image de Rihanna et toutes ses divas de la Pop et du R’N’B, Nicki Minaj apparaît parfois comme une marionnette qui passe de mains en mains de producteurs et qui subit plus sa musique qu’elle ne la contrôle.

Le rap subit, depuis quelques années, une mutation que le temps, la mode, et la modernité des techniques d’enregistrement ont rendu inévitable. Nicki Minaj, Snoop Dogg, Flo Rida, beaucoup cèdent au dictat commercial imposé par le succès des RedOne et autre David Guetta qui les dirige progressivement vers un rap plus électronique, plus vendeur aux forts relents d’Eurodance ou de dubstep. De manière générale, c’est toute la Musique qui dévale cette pente glissante et malodorante. Il n’y a qu’à jeter une oreille aux dernières moutures de Korn ou Mylène Farmer, dans des styles différents, pour constater cette dangereuse et, puissamment contagieuse, métamorphose. Putassier, parfois indigeste, délirant, ce Roman Reloaded est à Nicki Minaj ce que l’album Born This Way est à Lady Gaga. Comme un enfant qui exagère le geste en voyant qu’il vous arrache un sourire au début, Nicki Minaj pousse son excentricité musicale et textuelle à l’excès, prenant le risque d’engraisser et d’agacer son auditoire. Trois ou quatre bonnes surprises mais, à mon sens, un album très peu convaincant dans l’ensemble.

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Chronique proposée par Kevin
Contact : kevin@allglorious.com

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