samedi 28 avril 2012

CHRONIQUE :
MARILYN MANSON - BORN VILLAIN

Mon « Histoire » avec Marilyn Manson à débuté assez tard, je dois l’avouer. Je n’ai découvert cet Artiste atypique qu’après la sortie de Holy Wood qui n’a pas quitté mon lecteur CD de l’époque pendant plusieurs semaines. Eh oui, c’était le bon vieux temps ! Le MP3, son confort d’écoute, et ses « playlist » auront finalement beaucoup altéré notre façon d’approcher et de saisir le disque dans son intégralité. Une écoute en entraînant une autre, je possédais, quelques mois plus tard, la totalité de la discographie du personnage, avec quelques raretés et bootlegs pour accompagner le tout. Biberonné au Hip Hop mais déjà passionné de musique au sens large du terme, je m’acharnais à rechercher un certain exotisme musical. J’accueille avec excitation The Golden Age Of Grotesque en 2003 mais commence à me poser quelques questions avec la sortie d’Eat Me, Drink Me, quatre ans plus tard, en dépit de quelques francs coups de cœurs dont l’excellent « Putting Holes in Happiness » et le cocasse « Heart-Shaped Glasses ». Sans intérêt ni remords corollaires, je suis passé à côté de The High End Of Low en 2009, pour replonger, aujourd’hui, dans l’univers de l’Antéchrist avec la sortie de ce Born Villain. Curieusement séduit par la relative discrétion de sa mécanique promotionnelle et le début de cette nouvelle aventure, après le divorce prononcé entre l’Artiste et la major qui l’accompagnait, j’attendais l’album de la réconciliation...

Je vous parlais de Holy Wood en préambule, la transition est toute trouvée pour entamer cette chronique puisque « Hey Cruel World… », titre introductif de ce huitième album studio, m’a, à bien des égards, rappelé l'ambiance de cet opus avec son atmosphère suffocante, son écriture caustique, et ses screams harangueurs très « The Love Song ». On peut, je pense, se risquer à glisser une allusion au morceau « Get Your Gunn » pour son gimmick incisif, sans l’accent « ogresque » des Spooky Kids qui lui collait encore au train à l’époque. « No reflection », premier single de cet album, reprend cette formule du riff dense, étriqué, l’efficacité en plus. Les gimmicks de l’Antéchrist, mélange de râles en cris de crapaud et de « cheerleading » d’outre-tombe - un petit côté « Mobscene » diront certains, à raison - témoignent de l’investissement du personnage dans ses compos et donnent du rythme au morceau à l’instar de « The Gardener ». Un track terriblement intéressant avec ses rythmes et guitares léchés, sa basse puissante et omniprésente et son chant presque déclamé, scandé. Sans hésitation, mon titre favori de ce Born Villain.

Manson conclue son disque sur le dispensable « You're So Vain ». La participation de l’acteur et star Johnny Depp, sur cette reprise du titre de Carly Simon, est complètement anecdotique. Un écueil excusable après les deux excellents low-tempo « Breaking The Same Old Ground » et « Born Villain ». J’ai retrouvé, dans le premier, la langueur bienvenue des grandes « ballades » de Marilyn Manson avec son chant écorché vif. « Born Villain » n’est pas un modèle d’efficacité mais sa légèreté, boosté par une guitare sèche et vindicative, me rappelle le décor d’un certain « Man That You Fear ». Cela dit, l’Artiste n'a jamais facilité le travail de ses chroniqueurs. On ne peut jamais être sûr de nos comparaisons, de nos références. Un climat de semi-incertitude qui montre bien qu'un album de Manson s'analyse davantage avec le cœur et les émotions qu'avec la raison et l’expérience. Sur « Murderers are getting prettier every day », l’Artiste utilise un procédé récurrent et constant du septième Art, celui de mettre en scène une série de petits riffs courts, secs, pour instaurer un climat de frayeur à la manière d’une bande sonore de film d’horreur. La voix est saturée, le son lourd et oppressant, pour le premier gros « bordel » de ce disque. Un morceau très agressif, dans la lignée d’un « Irresponsible Hate Anthem », et un peu de relief dans notre séance d’écoute.

Citons quelques titres de cet album. « Overneath The Path of Misery », contrairement à une majorité de critique, ne m’a pas transporté comme je l’aurais voulu, en dépit de sa rythmique bienvenue et de sa perspicacité textuelle, doublée d’une sensibilité métaphorique hors-du-commun. Le sombre et chagrinant « Children of Cain », son glas qui sonne comme une fin du monde et ses rythmes électro, m’a davantage scotché. Encore un très bon titre. « Slo-Mo-Tion », « The Flowers of Evil » se marginalisent beaucoup moins du reste de l’opus. Mais la recette, aussi récurrente soit-elle dans ce disque, accroche toujours l’oreille et le cœur, grâce à ses riffs étriqués, étouffants, ses lignes de basses épaisses et distordues, quand elles ne sont pas totalement et agréablement déstructurées. Je ne pense pas que l’expression « retour aux sources » soit appropriée mais le « retour aux affaires » de Marilyn Manson, lui, est manifeste.

C’est donc bien assis, entouré de tous mes disques de Manson, le casque sur les oreilles, que j’essai de conclure cette analyse. Car, en fin de compte, le gros point fort de ce Born Villain, c’est d’avoir réussi à me faire ressortir la discographie complète du bonhomme. Si je n’ai pas retrouvé les titres coup de poing des dix premières années de carrière de l’Artiste, j’apprécie tout de même beaucoup ce retour à des sonorités plus brut, plus étriquées, plus compatibles avec l’univers sombre du chanteur et de son album. Signalons, une nouvelle fois, un énorme travail sur les rythmes, qui témoigne de son intérêt prononcé en la matière. Du bon vieux Marilyn Manson en somme, sublimé par une prod véritablement bluffante. L’investissement de chanteur est manifeste et cet « Effort » lui en a demandé beaucoup, pour la petite figure de style. Habile pirouette de départ ou débuts en fanfare d’un nouveau chapitre ? Seul le temps pourra étancher notre soudaine soif de réponses. Loin d'être la meilleur pièce de sa carrière, Born Villain est l’album de la réconciliation, si toutefois vous étiez fâché avec le personnage, ou un très bon album, tout simplement. Séduisant.

Chronique proposée par Kevin
Contact : kevin@allglorious.com

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