lundi 9 avril 2012

CHRONIQUE :
CABADZI - DIGERE ET RECRACHE

L’intitulé Digère et Recrache, avant même lecture du disque et du communiqué qui l’accompagne, suggérait soit un disque engagé soit vulgaire. Mais point de grossièretés ici, c’est bien la première dénomination qui prédomine. Cabadzi, quatuor originaire de Nantes, possède un liant extrêmement pertinent artistiquement, à savoir que chacun des membres du groupe s’est retrouvé, un jour, à prendre subitement congé de ses exercices passés pour ériger cette nouvelle entité...

Les armes de Cabadzi pour véhiculer cette pensée foncièrement insoumise à nos logiques de consommations et nos errements sociaux ? Un rock savamment dosé, qui emprunte son éloquence au Hip Hop, et repose sur un socle instrumental bien ficelé : cordes et cuivres pour ne citer qu’eux. Textuellement, la plume de « Lulu », chanteur du groupe, me rappelle un peu celles des Cantat et autre Humeau, avec ce penchant presque pinçant pour le sarcasme et, souvent, l’hyperbole. L’ex professeur de lettres est habile de ses mots, saupoudrant ses textes malins d’un argotique bienvenu. De ces séances d'écoutes, je retiendrais le cocasse « J’aime pas Noël » et son « anti-druckerisme » exacerbé ou encore le titre « Lâchons les », qui fait office de « single » même si le terme paraît un peu galvaudé ici, tant le groupe s’acharne à déprécier tout paradigme promotionnel et mercantile quel qu’il soit. Vous l’aurez compris, la France des patrons, des robots, de David, Bernadette et Mimi Mathy, se fait brutaliser à grands coups de lettres et de notes.

Digère et Recrache est un objet aussi brillant que dangereux. Dangereux parce que sa pensée est hautement libératrice, quand on y réfléchit bien, au delà du ton faussement désabusé qui le caractérise. Inutile de vous dire que pour moi, qui ait déjà l’impression de sacrifier ma dignité au travail, et qui attaque la journée à reculons, chaque séance d’écoute qui la précède est une envie de dire « Lâchons les, lâchons tout, fuyons... Soyons fous ». Et la force de Cabadzi, à l’inverse de ce que j’ai un peu rapproché à La Canaille finalement, dans un registre pas si éloigné, c’est que la forme, ici, sert idéalement le fond pour créer une harmonie musicale propice au confort du chroniqueur. Cet opus est un miroir qui nous est tendu avec intelligence et élégance. Apprenons à en traduire l’inavouable et consternant reflet, puis réfléchissons. Un disque lucide et saisissant.

A lire également : La Canaille - Par temps de rage.
Chronique proposée par Kevin
Contact : kevin@allglorious.com

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