mardi 17 avril 2012

CHRONIQUE :
BLACK KENT - VENDEUR DE REVES

Mon intérêt pour Black Kent est véritablement sur courant alternatif depuis que j’écoute l’emcee bordelais. Autant son premier projet « US » intitulé Yes I Kent m’avait profondément déçu, en dépit des participations de Bishop Lamont ou encore Cory Gunz, autant le rappeur m’a mis quelques claques par le passé avec ses titres « Il m’a dit », « Alter Ego » ou encore l’excellent « Spit Crack Music ». Aujourd’hui, l’Artiste nous dévoile son premier album « français » sous le nom de Vendeur de rêves. Son corollaire, une séance d’écoute menée non sans quelques inquiétudes, très vite remplacées par la satisfaction d’être en présence d’un album mature et bien mené. Explications...

Expédions, immédiatement, le gros bémol de cet album, afin de relater uniquement ses points positifs par la suite. A mon sens, la principale imperfection de Vendeur de rêves est le manque d’efficacité de ses compositions. Malgré un caractère « easy-listening » certain, aucun morceau ne peut prétendre à marquer suffisamment les esprits pour devenir « un single ». Vous allez me dire que ce raisonnement est mercantile, que rap et capitaux ne riment pas, mais un ou deux « hits » auraient été de bon ton pour valoriser l’objet, le produit fini et le mettre en orbite sur nos divers médias. Passé cet écueil, l’album se distingue par son chassé-croisé entre beats classiques, épurés, très 90’s, avec un socle principal : piano, rythmique, voix à l’image de « Marchand de sable » ou « Besoin de rien », et des productions plus américaines et « cheezy » dans l’esprit tels que « Blacky » et ses faux airs de prod à la Bangladesh. « Marchand de Sable », revenons-y justement. Le sceau de Black Kent y est précis, explicite. Le rappeur se marginalise du « rap jeu », de sa compétition, insistant sur le fait qu’il n’usera pas le poncif des 3B : « biatchs, bagnoles, billets ». Sur « Bart Simpson » et sa nomenclature assez rock, l’Artiste rend hommage au rap français, avec une pointe d’humour et de sarcasme si vous jetez un œil au clip.

A signaler également, le diptyque « Belle » et « Marianne et Marie-Jeanne », deux titres plus intimistes, plus soignés, plus romancés aussi. Black Kent, s’il se distingue d’un Booba ou d’un Rohff, par exemple, dans cette réticence à s’auto-élever pour écraser sa concurrence, reste tout de même très attentif à ce qui se passe autour de lui en matière de Hip Hop. Un fait explicite sur « Bart Simpson », mais également sur « Puzzle » ou il invite la belle plume de Youssoupha; il cite aussi Maître Gims sur le morceau « Mes chances ». Notons les excellents « Yakoi », son débit à l’ancienne, et son gimmick prêt à concurrencer les « Bêtes de Bombes » ou « Garde la pêche ». « Je t’ai vu man » bénéficie également d’un refrain intéressant et production bien lourde, à l’américaine. Petit coup de cœur pour « Hello », tout simplement parce que je m’identifie énormément à ce titre, son énergie, son optimisme et sa maxime « Quand le réveil sonne jamais je ne reste allongé ».

L’intérêt de ce Vendeur de rêves est manifeste et, s’il ne se traduit pas dans son efficacité, il réside davantage dans la sagesse des propos de son interprète, ainsi que dans l’originalité de son timbre doublée d’une certaine « classe ». Si, techniquement, cet opus est estampillé « premier album officiel » de Black Kent, l’expérience de l’emcee, acquise à la force de mixtapes et autres projets transversaux, est évidente et imbibe le disque. Black Kent c’est, en dépit de quelques détails perfectibles, un style, une voix et une plume. On aime ou on n’aime pas, mais cet Artiste, qui dispose d'un fort capital sympathie, signe très probablement l’une des grosses sorties de cette année. Séduisant et appliqué.

Lire également : Interview de Black Kent !
Et aussi : Chronique de Youssoupha - Noir Désir
Chronique proposée par Kevin
Contact : kevin@allglorious.com

3 commentaires :

nino a dit…

pour moi c'est un album trés riche et trés diversifié . je ne pense pas qu'il manque le HIT comme tu dit , car si il est commercialisé un peu + le Hit peut se trouver dans n'importe la quelle de ses sons , mais tout depend sur quel radio le passé et pour quel public , car avec sa diversité il peut mettre un sons comme jamafrica sur une radio spécifique , hello sur une autre et 1€ et un reve sur une autre . il a une plume enorme et surtout ses sons pour la plupart raconte quelque chose de précis et forme une histoire . et pour les + urbains d'entre nous il y'a jt'ai vu man , ya koi et versatile pour vous remettre en forme avec des punchlines enorme ...

Kevin a dit…

Merci pour ton avis Nino. Et ton point de vue, même si différent du mien, sur le "Hit" est très pertinent ! Reviens me donner ton avis quand tu veux.

Olivier UPR a dit…

je connaissais pas et super découverte, merci Kevin !