
Samedi dernier avait lieu la cérémonie des Victoires de la musique sur France télévision. Une soirée pleine de suspens et de fraîcheur à en croire les quelques papiers de bloggeurs qui volent sur la toile. Surprenant le prix de groupe révélation de l'année pour Pony Pony Run Run ? A la limite... La victoire d'Olivia Ruiz sur Charlotte Gainsbourg ? N'exagérons rien. Sans surprise également : le prix du meilleur album de musique urbaine remis à Oxmo Puccino pour l'Arme de Paix. Difficile de jouer des coudes avec le all package d'Oxmo : militantisme haut porté, syntaxe intelligente et diction singulière, le tout bien étiqueté « street » et le tour était joué. Personnellement j'aurais apprécié voir La Fouine la statuette à la main. Je m'explique.
Les victoires de la musique c'est un peu comme l'arbitrage au football. Il y a des règles, des évidences et des constantes qui font de ces institutions de solides bâtisses. Transgressez-les et vous risquez de faire basculer le tout. Mais, parfois, la bonne tenue d'une rencontre nécessite que l'arbitre n'applique pas les fondamentaux à la lettre et fasse preuve de psychologie. En remettant ce prix à Oxmo Puccino - public ou grands pontes de la musique française, je ne sais pas qui vote, peu importe - la cérémonie n'a pas fait d'entorse à ses principes en récompensant le Poète et le plus lettré des quatre. Les victoires de la musique c'est la petite sœur un peu folle de l'académie française. Oui mais voila, à répéter bien proprement ses gammes, la cérémonie se vautre dans une espèce de déterminisme qui dérange.
Kool Shen fait du Kool Shen. C'est plaisant, c'est authentique mais insuffisant pour envisager la couronne. Kery James est un vieux briscard, militant également, qui non seulement n'en a rien à carrer des victoires de la musique, mais qui en plus n'a pas besoin qu'on lui rappelle qu'il est un taulier. Encore une fois, Oxmo Puccino est pétri de talent, certes, mais c'était tellement prévisible. Prenez La Fouine. Un rappeur intègre, qui assume sans complexe ses flirts avec la musique pop. D'un point de vue strictement linguistique, le natif de Trappes n'est peut-être pas le plus bel orateur. Mais sa plume est légère, franche, pragmatique, modeste et consciente de ses lacunes. Musicalement La Fouine s'exécute sans complexe : efficacité, sonorités électro, phrasé rap et chant clair, guitares, rythmiques diverses... Un fourre-tout d'influences qui embrasse le succès et force le respect. De plus, l'homme n'a jamais caché son amour pour la variété française et sa tolérance musicale est presque insolite pour un rappeur... De quoi cogiter, c’est certain.
J'ai peut-être un peu exagéré l'année passée en légitimant l'avènement de Sefyu sur la scène des Victoires. Mais cette fois-ci, j'aurais vraiment apprécié que cette récompense revienne à La Fouine. Oxmo Puccino à toutes les qualités du champion, c'est incontestable et, manifestement, incontesté. Il aurait été néanmoins intéressant d'envisager la chose sous un angle neuf en encourageant un artiste comme La Fouine qui s'affranchit des poncifs du rap français plutôt qu'en sacrant un Oxmo Puccino déjà libéré de ses chaînes. Voila mon avis comme un autre.